Le frenssé ait an denjé

sms1 Face au déferlement du style phonétique qui a fini par s’imposer définitivement, l’orthographe exacte des mots est devenue incertaine. Le français est en danger car à force d’écrire volontairement mal, on finira tôt ou tard, par ne plus savoir écrire du tout.

Pour la jeune génération mp3 et téléphone mobile, orthographier correctement les mots, c’est la « prise de tête ». Alors c’est simple, on choisit de ne pas se prendre la tête et on adopte bien volontiers ce nouveau mode d’expression ô combien pratique et surtout favorisant confortablement la paresse intellectuelle. Ainsi voit-on régulièrement rédigé de façon unanimement adoptée « c » pour « c’est », « kdo » pour « cadeau », etc. Ca n’étonne plus personne. Pire, les auteurs de sites internet (souvent de jeunes informaticiens exposant leurs travaux) n’ont plus du tout honte d’écrire lamentablement. Car écrire mal, faire 3 fautes par mots et user d’une syntaxe niveau maternelle, c’est devenu « tendance », pour employer un terme ridicule. Les jeunes auteurs de cette prose de caniveau n’ont pas l’excuse d’être obligés d’écrire les mots de façon abrégée sur leur téléphone mobile puisque la fonction T9 (dictionnaire automatique) est là pour les aider. Encore faut-il connaître l’orthographe des mots que l’on saisit d’un pouce habile sur les touches du dernier joujou, ce qui est loin d’être le cas. L’encadré ci-dessous illustre la banalisation de la déchéance grammaticale. A ce stade, il ne s’agit plus de fautes d’orthographe mais d’un réel handicap.

Lu sur un blog :

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Pour remonter le niveau alarmant dans lequel a sombré l’orthographe et l’éducation en général, commençons par écarter promptement les parents, et leurs associations, des établissement scolaires. A être constamment dans les pattes des enseignants, ils gangrènent l’éducation. La présence harcelante des mères de famille dans les écoles a hélas largement contribué à l’abolition de la discipline qu’il urge d’instaurer à nouveau, ainsi que l’éducation civique. La discipline ne signifie pas forcément châtiment mais plutôt rigueur. Or la rigueur est une valeur, un luxe qu’il convient maintenant de rémunérer si l’on souhaite obtenir des résultats. On se tourne alors vers les établissements privés. Car l’enseignement laïc, libre et gratuit, est victime d’une dérive catastrophique que les enseignants ne parviennent plus à maîtriser. Les éléves ne respectent plus rien, ils arborent leur casquette jusque dans les salles de classe, utilisent la calculette (c’est même recommandé !) et se rebellent parfois très violemment pour une semonce largement méritée. Ne nous étonnons pas par conséquent de voir les matières essentielles mises à mal dans un tel contexte. Abolie par protectionnisme, la discipline persistait dans les écoles au temps de nos parents, cette école communale chère à Anatole France. La discipline a donné les grands hommes qui ont marqué l’histoire des arts et de la littérature. Quel gamin serait capable aujourd’hui de former correctement les lettres à l’aide une plume Sergent-Major ?

De nos jours, fait nouveau, on ne note plus (pour ne pas défavoriser le cancre, souvent issu de milieux sensibles) et on ne punit plus (pour la même raison). Constat : C’est le nivellement par le bas et l’étendue des exercices infantiles à tel point que les bons élèves font figures d’exceptions, voire de surdoués simplement parce qu’ils sont capables de faire une dictée sans faire de faute. Outre le français, la culture générale des adolescents souffre de profondes lacunes. C’en est à se demander ce qu’on enseigne à l’école. Tout ce qui nécessite un effort de mémoire semble avoir été banni de l’enseignement, enseignement devenu en ces années 2000, du vulgaire copier/coller. Le baccalauréat est trop difficile ? On descend dans la rue pour manifester. Un ministre tente de redresser le niveau par une réforme un peu plus constructive et égalitaire ? Même résultat : on sort les pancartes. C’est le bordel généralisé. La manipulation aidant, les étudiants passent autant de temps dans la rue que dans les salles de classe. A terme, on finira par couronner l’incompétence, faute de concurrents (il y aurait beaucoup à dire sur ce point, déjà à l’heure actuelle, au sein des ministères).

Si l’on fabrique aujourd’hui plus de cancres que d’énarques, il conviendrait peut-être de remettre l’outil sur ses rails. Plutôt que d’aller dans le sens de la sélection, les réformes n’ont de cesse que d’édulcorer la difficulté. La noble profession d’instituteur a fait place à celle de « professeur des écoles », néologisme navrant qui tente, dans l’inconstance permanente, de détraumatiser l’enfant. Car, c’est un fait, les problèmes, les exercices, les devoirs et toutes les obligations scolaires sont vécues désormais comme un traumatisme. En cette nouvelle ère de l’enfant-roi, l’enseignement et ses différents supports pédagogiques sont ainsi régulièrement revus pour une modération de plus en plus significative.

Que vont donner les futures générations qui arrivent du marché du travail ? Incapables d’écrire correctement ni de réciter une table de multiplication, niveau CM1 ? Quant au calcul mental, il tient du pouvoir surnaturel. Nous avons parfois un aperçu, à la télévision, du niveau auquel est descendu le Français moyen. Dans l’émission consternante « qui veut gagner des millions », dès que Foucault pose une question sur la façon d’orthographier un mot, quel qu’il soit, le candidat brandit un joker. Ce jeu télévisé est une tribune pour les ignares.

Lors de tests d’embauche, avant de juger des réflexes psychomoteurs, des connaissances approfondies dans tel domaine, ou de l’exposé brillant d’un mémoire, les recruteurs pourraient systématiquement commencer par un exercice simple : la dictée. Pas la dictée de Pivot, une dictée de base niveau 3ème (c’est à dire niveau 6ème dans les années 60), avec des mots communs. Il y aurait des surprises ! Certaines lettres de motivation sont du reste, de fameuses perles.

Au-delà de l’assimilation des connaissances qui se dégrade, c’est l’éducation toute entière qui est au bord du précipice. La langue française elle-même est ménacée par ce déferlement (inter)national du langage phonétique à la syntaxe vérolée. Le français, langue des grands poètes et écrivains de toujours, a dégénéré depuis l’invention des SMS et leur usage abusif, étendue à toutes les sauces. On a déjà commencé à adopter certains termes qui en sont issus, dumoins commence-t-on à les lire dans des e-mails qui se veulent sérieux, émanant de gens dits sérieux. On est englué désormais dans l’ère du brouillon, du médiocre, de l’à peu près, certains professionnels de la communication (publicité, télévision, hebdos jeunesse…) s’emploient, en bonne conscience, à la perpétuer.

Le dessinateur Edgar-Pierre Jacobs était un visionnaire. Dans son album « Le piège diabolique », sorti en 1962 (une époque où on respectait encore l’orthographe), Mortimer voyage dans le temps. Ici, il se retrouve dans le futur. A peine 40 ans plus tard, la réalité a rattrapé la fiction.
  
La presse témoigne



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