Certains regrets sont vraiment éternels

nomi

La vie est peuplée d’espoirs, elle est aussi parsemée de regrets. Toutes et tous ici-bas, nous avons au fond de notre mémoire des regrets qui reviennent parfois à la surface comme les chardons sur une pelouse. Ils sont de toutes sortes ces regrets, regret d’avoir laissé passer une belle occasion, regret de ne pas avoir fait ce qu’il fallait, regret peut-être d’avoir blessé quelqu’un, regret du temps jadis, regrets amers d’un amour perdu. Moi aussi, j’ai des regrets. Heureusement, le temps les efface peu à peu. Il est cependant un regret que le temps ne pourra jamais estomper, celui de n’avoir jamais vu, de mes yeux vu, Klaus Nomi sur scène.

Si j’ai eu la chance de voir sur scène des légendes telles que Georges Brassens, Michel Polnareff et Serge Gainsbourg, il restera toujours des monstres du show-biz que jamais je n’ai applaudis et que plus jamais je n’applaudirai : Queen, Jacques Brel, Gilbert Bécaud, Charles Trenet, Léo Ferré, Jean Ferrat, Joe Dassin… et Klaus Nomi. Ce chanteur hors normes restera toujours pour moi une des plus belles voix que j’ai entendues, un des personnages les plus fascinants que j’ai connus.

Présentons sommairement ce chanteur cet OCNI comme disent certains, cet objet chantant non indentifié. Comme Nina Hagen, Klaus Nomi a suivi une solide formation à l’opéra de Berlin. Plus tard, tous les deux se sont aiguillés sur un autre chemin, celui du rock, forts d’un solide héritage : leur voix, rompue à toutes les disciplines. Tous deux ont étonné, par leurs performances vocales mais également par leur look, un peu déjanté. Le look Nomi était carrément extraterrestre, synthétique comme un automate. C’est à la fin des années 70 que David Bowie le propulsera au-devant de la scène.

Je n’apprécie pas particuièrement l’opéra, parfois ça m’insupporte. Ne m’en veuillez pas trop, les fans de la Callas mais les vocalises aigües et gueulardes des castafiores me recroquevillent l’aorte. J’execre aussi le rap, soit dit en passant, on ne peut pas tout aimer. Mais là, pas pareil. On touche au grandiose. La tessiture très étendue de Klaus Nomi me transporte littéralement, imaginez la puissance des cordes vocales, il pouvait atteindre 8 octaves, de baryton-basse à contre-ténor. Balaise, le gars !

En regardant ce clip vidéo, peut-être serez-vous envahi par l’émotion, par les frissons que procure l’écoute de cet air sublime, The Cold Song, extrait de l’opéra Le roi Arthur de Henry Purcell, interprété par ce troubadour d’une autre planète qui en égrène savoureusement les syllabes jusqu’à la phrase finale qui sonne comme un requiem : Let me freeze again to death qu’on pourrait traduire par Laissez-moi me refroidir jusqu’à la mort. Nous sommes à l’opéra de Munich, en décembre 1982. Le public ignorait que Klaus Nomi souffrait du sida, il avait de graves difficultés respiratoires mais avait tenu à assurer son contrat. Il décédera 8 mois plus tard à New York, le 6 août 1983. Il avait 39 ans. Il rejoint le Panthéon des grands musiciens qui ont quitté le monde beaucoup trop tôt, tel Henry Purcell, emporté par une tuberculose à 36 ans, ou encore Mozart, mort à 35 ans… et on pense à toutes les oeuvres qui jamais n’ont pu naître pour enchanter nos âmes mélomanes. Avec tant de regrets.

Un commentaire pour Certains regrets sont vraiment éternels

  1. nom dit :

    Moi aussi j’aimais bien, il n’aura pas fait long feu, sa carrière aura été bien éphémère mais il laisse un souvenir immense dans le coeur des mélomanes.

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