Andorre-la-Vieille, un petit paradis

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Cela faisait bien trois siècles et demi que je n’avais plus franchi la frontière de l’Andorre. La dernière fois, ce fut dans les années 80, avec mon cousin qui habitait Toulouse, on fit un saut au Pas de la Case. Je conservais de l’Andorre cette image de miroirs aux alouettes free-taxes pris d’assaut par une foule avide de dépenser. Un apriori comme on dit, que j’ai longtemps conservé. Il convenait donc de redorer le blason de la principauté dans ma mémoire, d’aller voir sur place, plus en profondeur, si les vitrines sont toujours aussi alléchantes à l’heure où la concurrence fait rage sur internet.

La route était calme ce jour de juillet, elle était étonnement tranquille. Point d’encombrement des autoroutes, en milieu de semaine, la circulation était assez fluide. Après la sortie à Bram (entre Carcassonne et Toulouse), la descente vers l’Andorre se fit sans problème. Passé la frontière et franchi le tunnel d’Envalira, il restait à parcourir une bonne trentaine de kilomètres avant d’atteindre la capitale d’un des plus petits états du monde, grand comme le dixième d’un département français (468 km2), où le catalan est la langue officielle. Saviez-vous que la direction de la principauté d’Andorre est régie en partie par le président de la république française ? Etonnant non ? Sur place, quelqu’un m’a dit que le catalan ressemble plus au français qu’à l’espagnol.

Après un petit jeu de piste dans les rues d’Andorra-la-Vella, ou Andorre-la-Vieille (et non Andorre-la-Ville comme je le croyais), l’hôtel Président finit par aligner ses balcons au bout de l’avenue Santa Colomba. Il reste à engager la voiture dans l’étroit colimaçon qui mène au parking situé au premier étage. Le hall est vaste, l’accueil est sympa comme tout. Dans un savoureux accent catalan, l’hôtelier explique à quoi sert tel ticket, telle carte, comment se rendre à la piscine et au spa, situés au 7ème étage, toutes les astuces de l’endroit sont dévoilées. La chambre est spacieuse, le lit immense, aussi large que long, et au rez-de-chaussée, un bar splendide attend les gosiers à sec, qu’ils soient clients de l’hôtel ou simples passants car l’endroit ouvre grand sur la rue.

Le temps du séjour est court, une journée, mais suffisant pour apprécier la qualité de vie qui règne dans ce microcosme paradisiaque situé aux confins des Pyrénées. On y retrouve des libertés qu’on avait oubliées en France, par exemple la liberté de fumer dans les lieux publics. Sur les tables des bars, on retrouve le même petit cendrier blanc rempli d’eau. Ici, les ligues anti-tabac n’ont pas encore instauré leur dictature. Pas de loi liberticide pour enrichir le gouvernement. Du reste, si l’un de leurs membres actifs faisait un saut dans n’importe quelle épicerie de la ville, il ferait un malaise le pauvre chou de voir toutes les cartouches de cigarettes empilées à côté des couches-culottes. Ceci dit, avec l’avènement des boutiques internet, il n’est plus très avantageux de faire des achats sur cette terre hors-taxe, tout au moins en ce qui concerne l’électronique et l’informatique. L’alcool et surtout les cigarettes restent encore les seules denrées attrayantes pour le visiteur, bien que l’écart avec les tarifs français tend à diminuer.

Les Andorrans sont des gens sereins, la délinquance est inexistante et les automobilistes sont presque surprenant de fair-play. Y’a pas photo comme dit l’autre, avec les déséquilibrés qu’on rencontre fréquemment sur les routes françaises, pour qui l’usage du clignotant est superflu. Ainsi aucun abominable dos d’âne ou autre ralentisseur n’esquinte les amortisseurs des voitures, en Andorre, on s’arrête pour laisser passer les piétons. Les feux tricolores ont un excellent système pour informer le piéton du temps d’attente. Des gros chiffres rouges décomptent les secondes restantes avant le passage au vert et, inversement, le décompte devient vert pour avertir du temps restant avant le passage au rouge, avec avertisseur sonore à l’appui. Qu’attend-on pour équiper nos feux nationaux d’un système aussi intelligent ?

Autre chose de très agréable surprend en Andorre et particulièrement à Andorre-la-vieille, la propreté des rues, des jardins, des façades. Aucun papier ne jonche le sol, on ne jette pas les chewing-gums par terre, aucun tag ne pourrit les murs, c’est tellement inhabituel de revoir des murs sans ces graffitis dégueulasses. On trouve un peu partout des distributeurs de sachets spéciaux pour ramasser les crottes de chiens (avant de trouver ça sur la canebière, il fera chaud té !). Quelques détails confortent le souci qu’ont les habitants de bien faire. Par exemple, au restaurant ou même dans une brasserie, on ne vous sert pas de l’eau en carafe, c’est à dire l’eau du robinet, non qu’elle ne soit pas potable mais la délicatesse oblige à vous servir de l’eau minérale en bouteille qu’on débouche devant vous et qu’on ne vous facture pas la plupart du temps. Idem pour le demi-pression, on ne s’arrête pas pile au petit trait qui indique 25 cl (démontrant le radinisme du barman), on verse jusqu’en haut du verre qui parfois sort du congélateur. Quel savoir-vivre on a dans ce petit pays !

Les photos ci-dessous ont été prises le même jour, le 19 juillet de l’année 2012 exactement. C’était un jeudi. Il faisait très chaud, un soleil de plomb. Elles illustrent notamment une balade indispensable à faire absolument lors d’un séjour à Andorra-la-Vella : le Rec del Solà. Il s’agit d’un sentier superbement aménagé qui surplombe toute la ville d’un bout à l’autre. On y accède par des escaliers et des chemins très pentus, disposés à plusieurs endroits de la ville. Il est difficile de repérer ces accès car il faut parfois contourner un immeuble ou s’aventurer dans une impasse. Mais en se renseignant auprès d’un Andorran ou d’une Andorrane, il ou elle se fera un plaisir de vous indiquer l’accès le plus proche. Sans s’étendre sur le travail pharaonique qu’a nécessité l’élaboration de ce sentier totalement pavé, on remarque à quel point le souci d’harmonie a été préservé. Rien ne manque au confort du promeneur, poubelles, bancs, réverbères et petites niches proposant des sacs à crottes. Plus loin, une aire de pique-nique surélevée attend les convives, avec table, bancs et barbecue. Et ici et là, on s’arrête pour contempler le panorama exceptionnel qui s’offre à nous. Entourée de toutes parts par la montagne, la ville étend ses routes et ses toitures à l’infini. Sur l’une d’elle on peut même distinguer une magnifique piscine et un court de tennis, il s’agit bien sûr d’un des luxueux hôtels qui font la fierté d’Andorre-la-vieille.

Le plus curieux et agréable en même temps est la présence d’un petit canal, alimenté par une source, qui longe le sentier sur toute sa longueur, agrémentant la balade de ses doux clapotis. En contrebas du sentier, s’étagent les jardins potagers qui profitent ainsi d’une irrigation puisée dans ce canal providentiel. Ces jardins sont admirables de soin et d’attention. Chaque petit morceau de terrain est exploité. Des laitues, protégées par une clôture, poussent au bord même du sentier. Certains habitants vont jusqu’à arroser les arbres et l’herbe environnante afin de préserver leur verdure. On se croirait sur une autre planète tant la douceur de vivre révèle ici toute sa paisible dimension. Le soir tombé, les réverbères du rec del Solà s’allument pour accompagner le pas du promeneur noctambule. Et, dans une nuit d’été, venues d’un coin de la ville, les rumeurs d’un piano de jazz montent très haut dans la montagne alentour, tandis que, tranquille, on s’assied sur un banc en bois et on écoute dans une acoustique étonnante, le son de ce piano mêlé à la mélopée des insectes nocturnes. Et en bas, parsemées dans l’obscurité, s’étendent les lumières d’Andorre qui s’endort.

Dom’s

 

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Petit film sur le Rec del Sola

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